Légendes de Noël

Wissembourg raconte sa légende de Noël aux enfants

 

Les personnages du Noël alsacien sont dominés par le Christkindel et le Hans Trapp.

Connus depuis les temps moyenâgeux, ceux-ci ont peu à peu cédé la place au Père Noël venu d'Outre-Atlantique, tout souriant et de rouge vêtu. Il n'y a pas si longtemps la distribution des cadeaux était le fait du Christkindel et de son sombre compagnon le Hans Trapp.

Celui-ci sermonnait les garnements, se renseignant sur leurs bonnes et mauvaises actions allant même jusqu'à fourrer les méchants dans son sac. Le Christkindel, une jeune fille habillée de blanc faisait la distribution des sucreries et des cadeaux.
Ce couple de la figure angélique et de l'homme de la nuit, symbole du bien et du mal, de l'hiver et de l'espérance du printemps, a existé un peu partout sous de nombreuses formes.

 

Qu'est-ce au juste que ce Christkindel ?

Noellegendes F Page 1 Image 0006Une créature pleine de contradictions ayant l'appa­rence d'une fée et la bonté d'un ange et qui repré­sente l'Enfant Jésus, sans tenir compte que le soir de Noël le Christ n'est encore qu'un nouveau-né. Son caractère le plus déroutant réside dans sa féminité car c'est une jeune fille aux longs cheveux et à la voix suave qui doit jouer le rôle de l'Enfant Jésus. Tout de blanc vêtu, la tête recouverte d'un voile de mousseline, le Christkindel portait sur son front, jusqu'au XIXème siècle, un diadème piqué de peti­tes chandelles allumées.

Le Hans Trapp est un homme sauvage, habillé de noir, avec des chaînes et des grosses bottes et sur­tout un bâton et un grand sac. Il inspire la terreur à tous les enfants. Avant d'être associé au Christkin­del, le Hans Trapp était aux côté du Saint Nicolas le 6 décembre. A l'origine du Hans Trapp un personnage historique qui sema la terreur dans toute la région de Wissembourg. Johann von Drodt devint le Hans Trapp de la lé­gende.

La veillée de Noël

Les enfants sont partagés entre l'espérance et la crainte. La petite fille qui rêve d'une poupée se de­mande si Hans Trapp n'a pas remarqué une certaine incartade ignorée même dNoellegendes F Page 2 Image 0002e maman, le petit garçon espère que Christkindel lui accordera son beau mé­cano malgré les polissonneries commises durant l'année. L'émotion est à son comble lorsque retentit le son d'une clochette. La porte s'ouvre et Christkin­del apparaît.

Par la porte laissée ouverte on aperçoit une profusion de jouets et de friandises autour du sapin de Noël illuminé. C'est alors qu'un bruit de chaînes se fait entendre et se rapproche, mais oui, c'est lui, c'est Hans Trapp qui apparaît à la frayeur des petits. Tremblants ils essayent de se cacher et Hans Trapp demande de sa voix caverneuse quels sont ceux qui n'ont pas été sages. Il distribue quelques tapes après avoir menacé les plus grands de les emporter dans son sac.

Mais Christkindel intervient et les enfants promettent d'être bien sages à l'avenir. Hans Trapp est renvoyé et Christkindel peut distribuer à chacun les jouets tant convoités. Rassemblée autour du sapin traditionnel décoré de pommes, de noix, de pains d'épices et de bougies et surmonté d'un ange doré, la famille déguste les "bredele" (petits gâteaux de Noël) et le vin chaud parfumé aux oranges et à la cannelle.

La véritable histoire du Hans Trapp -Johann von Drodt

Noellegendes F Page 2 Image 0001Les wissembourgeois se souviennent avec terreur d'un seigneur Johann von Drodt qui habitait le châ­teau du Berwartstein à 15 km de Wissembourg. Seigneur brigand il rançonnait les voyageurs et les commerçants, faisait inonder le pays. Ses exactions lui ont valu de se faire excommunier par le Pape Innocent VIII. L'électeur Palatin Philippe II investit en 1480 son maré­chal Johann von Drodt du Château du Berwartstein ayant jusqu'alors appartenu à l'Abbaye de Wissembourg.

Ce fut le point de départ d'une querelle qui dura un quart de siè­cle. Johann von Drodt, chevalier brigand suscita la terreur au­près des habitants de Wissembourg et des villages avoisi­nants. Il défendait aux citadins de chasser dans leurs pro­pres forêts et empêchait les pauvres de ramasser le bois ou de glaner des baies sauvages. Il rançonnait les voyageurs et les commerçants ou dévalisait les paysans venus payer la dîme à l'abbé. Pour ruiner les wissembourgeois il fit barrer la Lauter pour empêcher le flottage du bois et obli­ger ainsi les vignerons à acheter ailleurs un bois plus cher. Ensuite il abattit les digues et inonda les parties basses de la ville, notamment le Bruch, et toutes les cultures.

A la tête de ses soldats il s'empara du château de St. Rémy et pilla les villages du Mundat inférieur. Cité devant la Cour de Rome et malgré son excommunica­tion par le Pape Innocent VIII, il passa outre et continua ses brigandages jusqu'à sa mort en 1503. On peut voir sa pierre tombale dans la Chapelle St. Anne entre Dahn et Wissembourg.

L'imagination populaire a vite fait de l'identifier au Hans Trapp.